Suite à d’autres questions relatives à cet article (et la première suite), j’en viens à parler du quotidien ; car ce n’est bizarrement pas la cuisine des grands soirs qui pose le plus de problème : c’est celle de chaque jour. Devoir, chaque jour, imaginer comment varier ses repas est aussi problématique que s’habiller. Au même titre que certain(e)s d’entre nous réfléchissent en se disant : « OMG pas question que mes collègues me voient deux jours de suite dans cette chemise », certain(e)s autres surajoutent à ce souci celui de la diversité de leur repas : comment manger différemment chaque jour pour ne pas se lasser d’un goût et par ailleurs, favoriser son équilibre alimentaire ?
Eh bien de la même façon qu’une chemise bleue et beige s’accordera aussi bien, sur deux jours, avec un gilet beige et un veston bleu, il est évident que des légumes vapeurs ou juste cuits à l’eau, ou même sautés, pourront servir de base à plusieurs plats de suite : il s’agit de remployer les restes.
Comme un grand nombre des messages relatifs à ce sujet me font remarquer, en gros, que « c’est facile pour toi c’est ton boulot » et « on voudrait bien voir comment tu t’en sors » et autres « j’ai ni le temps, ni l’envie, quand je rentre super tard du boulot de cuisiner pendant une heure », j’ai photographié une longue suite de repas pris seul, principalement le midi, quelques-uns le soir ; mais avant d’en faire le détail, quelques conseils :
1. Faites vos courses de façon raisonnée.
a. Selon vos envies. — Ne vous privez pas d’un produit en particulier que vous adorez parce qu’il vous semble mauvais pour la santé : vous allez vous frustrer et reporter votre envie sur autre chose. Limitez-en simplement la consommation pour l’apprécier à chaque fois. A la longue vous changerez sûrement de coup de cœur : c’est le jeu des industriels de vous happer dans le tourbillon frénétique du choix.
Passons ce petit passage acrimonieux. Le plus difficile avec ses envies, c’est qu’elles ne concordent pas toujours avec ce qui est « bien » : pour sa santé, pour la nature, etc. Il est bien certain que des fraises en mars, c’est tentant et puis oh !, elles sont produites en France, c’est ce casse-pieds de Jean qui va être content.
Oui, mais non. Ce n’est pas la saison et vous ne trouverez dans vos fraises de France, poussées sur de la bâche en serre chauffée, qu’un subtil goût de rave.
b. Selon vos contraintes.
De budget. — Vous rêvez de souris d’agneau mais le boucher vous assomme ? D’autres morceaux d’agneau moins onéreux pourront aussi vous satisfaire. Mais du coup, vous craignez de ne pas cuisiner la totalité du collier d’agneau – avantageusement moins cher, mais vendu en barquette de 1kg. ? Réfléchissez à des variantes qui vous permettront de remployer les restes sans vous lasser.
De place. — Le souvenir d’un velouté de butternut vous fait saliver mais la plus petite d’entre elle fait 2 kilos ? Ne vous ruinez pas en « portions » de légumes prédécoupés, détaillez-la vous-même en cubes que vous congèlerez ou, mieux encore, faites une soupe de la totalité puis congelez-en une partie en bouteille plastique.
De temps. — Oui mais alors, vous n’aurez pas le temps de cuisiner l’agneau et la soupe ?… Cuisinez un maximum quand vous avez des plages horaires inoccupées. En plus d’optimiser le temps, optimisez l’espace : épluchez et coupez vos légumes et conservez-les crus jusqu’à usage, ou alors, juste blanchis (= bouillis 5 à 10 minutes dans de l’eau salée) dans des boîtes qui s’empileront parfaitement dans votre frigo. Cuisinez vos ragoûts, mirontons et autres plats en sauce (mollo sur la sauce hein) plusieurs jours à l’avance : recuits, ils ne seront que meilleurs et si vous vous lassez : hop, congélateur. Quant aux viandes à griller et poissons, ils sont généralement cuits en moins d’un quart d’heure. Plus d’excuses !
D’équilibre et variété. — Les solutions congélation/remploi favoriseront très largement la variété de vos repas. N’oubliez pas d’y inclure de temps en temps des pâtes, du riz, des céréales, de la polenta, des légumineuses, etc. ; autant d’aliments secs qui vous dépanneront les soirs de désarroi culinaire. Si votre métier vous permet d’emporter vos « barquettes » et de les réchauffer sur votre lieu de travail, profitez-en : une solution économique à long terme, par rapport au prix d’un « plat du jour » dans un bistrot voisin dont la qualité sera probablement plus contestable que celle de votre plat préparé avec amour… Pour autant, allez au restaurant quand vous en avez envie : encore une fois, il ne s’agit pas de vivre en autarcie. Y aller moins souvent vous permettra d’augmenter en budget/gamme et donc, d’apprécier encore plus tout l’amour que d’autres auront mis, à leur tour, dans la cuisine qu’ils vous proposent.
R1. Soupe de potiron, salade de chou et pomme, poulet sauce Worcestershire, fondue de poireaux et pleurotes, faisselle aux griottes au sirop.
R2. Soupe de champignons, salade de chou (R1), poulet soja-tandoori (poulet de la même découpe qu’en R1), salade, pomme, yaourt.
R3. Soupe de champignons (R2), œufs au plat, chou de Bruxelles à la moutarde, faisselle à la crème de marron.
R4. Soupe aux choux (reste du chou de la salade R1, reste de choux de Bruxelles R3), paleron braisé, épinards aux pleurotes, pomme, yaourt.
Evénement extérieur : dîner avec des amis la veille du R5.
R5. Soupe (R4), gambas poêlée (reste de la veille), riz basmati, salade pomme-kiwi (reste de la veille).
Evénement extérieur : retour de courses la veille du R6.
R6. Salade de carottes et champignons de Paris, cabillaud aux algues et purée à l’oignon nouveau, yaourt et salade d’ananas et mangue.

R7. Soupe aux choux (R4, décongelée), parmentier (paleron du R4 et purée du R6), salade de carottes et champignons (R6) augmentée de betteraves, yaourt, mandarine.

R8. Soupe de potiron, paquet de poireaux, patate, jambon, salade de chicorée rouge et dés de fromage, gâteau de riz industriel, pomme.

R9. Salade (R7) augmentée de mâche, œuf d’oie au plat, pain (pour les mouillettes), pomme, yaourt.

R10. Soupe de patate douce et champignons, pâtes à la fondue de poireaux-pleurotes (décongelée, reste du R1), lieu noir bardé de lard, compote de pommes, raisins secs, baies de goji.

Evénement extérieur : retour de marché la veille du R11.
R11. Soupe poireaux et patates, salade de chou, pomme, betterave, céleri, caillette de la Drôme, yaourt, pomme.

R12. Lapin à la sauge, suée d’épinards, fromages et pain, mousse au chocolat.

R13. Soupe (R11), parmentier de haddock à la patate douce (même lot que la soupe en R10), Salade (R11), faisselle et griottes au sirop.

R14. Gloubiboulga de lapin (R12) au céléri-rave, salade, yaourt et kiwi au sirop d’érable.

R15. Salade de carottes violette et jaune, soja, roquette, céleri, chou-fleur et poireaux vinaigrette, suée d’épinards (R12) augmentée de poireaux, jambon, mandarines.

R16. Soupe (R15), rouleaux de printemps « spécial restes » (suée d’épinards (R12) augmentée de champignons), salade (R15), lapin au céléri (R14)), yaourt.

Quelques indications.
Sur la récurrence des soupes : d’une part, c’est de saison, c’est chaud, ça fait du bien. La soupe permet en outre de manger des légumes – même dégradés par la cuisson, ils sont plein de fibres et de minéraux et tout et tout – et assure une satiété plus rapide (donc, de manger moins). Souvent, les soupes reviennent après avoir été congelées : pour éviter la répétition, vous pouvez alterner avec deux, voire trois, en les congelant en bouteille.
Sur la récurrence des salades : si elles ne sont pas noyées de sauce, même constat : elles font manger des légumes sous une autre forme que la soupe (ça peut finir par lasser, je conçois) en conservant plus de vitamines (behui c’est pas cuit). Le chou, la betterave, les carottes, les champignons, les deux céleris – pour ne citer qu’eux – entrent au compte des végétaux qui n’ont pas besoin d’être cuits pour être consommés. Pensez à bien les éplucher/laver et à les émincer très, très finement… Variez aussi les assaisonnements, mais préparez-les à part afin de pas « cuire » chimiquement les légumes. Par ailleurs, une salade sans assaisonnement peut, à la faveur d’un court-bouillon, se transformer en soupe. (L’inverse n’est pas possible, soyez raisonnables.)
Si, pris d’une frénésie maraîchère, vous dévalisez le marché…,

…réfléchissez comment cuisiner l’ensemble sans aller, comme souvent lorqu’on manque de temps ou d’imagination, vers la soupe. Organisez vos légumes selon les modes de cuissons que vous pouvez leur appliquer, on selon le plat que vous voulez faire.

Ainsi panais, carottes, navets, une fois braisés, pourront constituer un accompagnement de viande ; bouilli avec elle, un pot-au-feu ; bouillis seul puis mixés, un velouté. Poireaux et pleurotes sautés ensemble viendront compléter le céleri-rave préalablement coupés en dés et blanchi pour un accompagnement de poisson ou viande. Chou, céleri-branche et betterave, émincés finement, constitueront une salade.
Viande ou poisson ? — favorisez l’alternance des sources de protéines : veillez à ne pas manger tout le temps la même viande ou le même poisson. Cassez vos habitudes ; combinez avec des œufs ou des protéines végétales. N’oubliez pas que les produits laitiers en contiennent aussi. Quant à la conservation des viandes déjà cuites, pourvues qu’elles soient filmées et au frigo, elles peuvent tenir plusieurs jours, cuites et recuites.
Quelques minuscules conseils de trois fois rien pour conclure. — 1. Prenez le temps de manger, même seul. Manger lentement vous permettra d’arriver plus vite à satiété (c’est une ruse mathématique de l’esprit) tout en appréciant au mieux ce bon repas, omnomnom, que vous avez cuisiné. Ne vous forcez pas à finir : c’est que vous avez mangé à votre faim. 2. Rééquilibrez vos repas dans le temps : si vous allez au restaurant le midi, ne vous rationnez pas à une soupe et un yaourt le soir. Mangez moins (en quantité) ou plus de légumes (la magie des fibres) sur deux repas, certes, mais mangez. Se priver de nourriture est culpabilisant et de toute manière, inutile : ce que vous pensez compenser d’un côté, vous le décompenserez de l’autre en vous jetant sur des gâteaux plusieurs heures après. 3. Pensez à boire, plutôt entre les repas. Ne vous remplissez pas d’eau en mangeant, vous aurez l’impression d’être arrivé à satiété mais en fait, non, et dans deux heures, vous aurez faim.
Allez, du nerf. Les mauvaises habitudes sont les plus difficiles à perdre : question de volonté !