T’as du cheese, t’as du cake, fais un cheesecake
On a tous nos « aliments consolants ». Certains d’entre vous (hou ! interactivité avec le lectorat) vendraient un rein pour leurs poids en Nutella, ou pour les croissants pur beurre vendus par dix au rayon boulangerie d’une grande surface dont le nom évoque une intersection routière ; et à ceux-ci je ne dis rien, je les regarde tranquillement se boucher les artères avec mon célèbre air quasi-impassible :


Les aliments qui consolent (d’une mauvaise journée, d’un chagrin d’amour, d’un 2 en maths, etc.) sont souvent trop gras, trop sucrés, trop salés, éventuellement tout cela en même temps : le chocolat, les chips, les gâteaux ; bref les « rayons maudits » des supermarchés qui commencent à « goûters enfants » et finissent à « apéritifs » en passant par « confiseries ». Loin derrière dans le classement : le tofu, les fanes de carottes, les Mr. Freeze.
Outre le réconfort psychologique que provoquent ces aliments au moment de leur ingestion, il faut remarquer la joie quasi-hystérique quand ils apparaissent enfin dans leur champ de vision (Papa qui revient avec un Bucket KFC, le pot de Nutella caché derrière une pile de linge en cas d’urgence, etc.).

Exemple 1 : Tonton revient de notre pizzeria préférée.
Parmi mes – nombreux – aliments réconforts, il y a le cheesecake.
La première fois que j’ai entendu parler de cheesecake, c’était dans un Agatha Christie et c’était littéralement traduit par « gâteau de fromage ». [Insérer ici mon visage d’enfant obèse faisant une petite grimace dégoûtée à l’idée d’une tarte au brie ou d’une charlotte au Saint-Nectaire.]
La première fois que j’ai mangé du cheesecake, c’était celui de Mommy Dearest, et jusqu’au moment où je suis allé à New York, c’était mon préféré de tous ceux que j’avais goûtés jusqu’alors.
La première fois que j’ai compris le cheesecake, c’était un jour tiède de septembre, à New York et le menu indiquait : « Attention, les parts sont très grosses et une seule peut suffire pour 2 à 3 personnes » (et c’était vrai).

Exemple 2 : réaction d’un lecteur à l’évocation fugace du cheesecake.
Devenu, avec les cupcakes, les whoopies et les layer cakes, des incontournables de la « pâtisserie » anglo-américaine (hou les vilains guillemets condescendants ; et puis tenez, pour rire, cherchez “cake pops” dans Google, c’est so trendy), je vous livre ici ma version du cheesecake la plus proche, la presque identique à celui que j’ai aimé à New York.
Notez que faire un cheesecake est très long. Prenez votre temps. Invitez un copain pour vous aider, avec un peu de chance, il fera la vaisselle derrière.
I. La croûte
Il n’est pas rare que les livres proposant une recette de cheesecake recommande, pour la croûte, de simplement émietter des biscuits Thé, des petits Lu ou des spéculoos.
Personnellement, je vous propose de faire vous-même votre croûte : quitte à prendre du temps, autant faire les choses bien. Vous pouvez bien entendu préparer la croûte pour le lendemain.
(Commencez par faire préchauffer votre four à 170°.)
1. A la main, ou avec un robot-pétrin, assouplissez 150gr. de beurre. Incorporez-y 95gr. de sucre glace tamisé, 30gr. de poudre d’amande, une grosse pincée de fleur de sel (ou de sel fin, faute de mieux ; ou mieux encore : utilisez du beurre demi-sel dès le départ et n’ajoutez pas de sel), un œuf moyen et 250gr. de farine tamisée.
2. Une fois une belle pâte homogène obtenue, étalez-la sur une tôle sur une hauteur de 5mm. à 1cm. Pour ma part j’étale grossièrement et j’aplatis du bout des doigts pour y faire des creux et des bosses.
3. Enfournez pour 10 à 20 minutes (le temps varie selon votre four) ; surveillez bien : vous devez retirez du four lorsque la surface du biscuit est couleur blond-doré.
4. Laissez refroidir mais n’éteignez pas le four. Faites-vous un café.
5. Brisez le biscuit en gros morceaux. Divisez par deux. Malaxez la moitié du biscuit avec 100gr. de beurre mou. (Conservez l’autre moitié pour un autre usage (au hasard, le même)).
6. Tapissez un cercle à pâtisserie de 22/24cm diamètre de ce mélange biscuit-beurre (ou à défaut, un moule à manqué que vous ne manquerez pas de chemiser de papier sulfurisé, ce qui vous évitera un démoulage hasardeux). Tassez bien et laissez refroidir un long moment au frigo. Refaites-vous un café.
7. Baissez la température du four à 150°. Enfournez le biscuit pour 10 à 15 minutes. Sortez du four pour ensuite laisser refroidir. N’éteignez pas le four ! Augmentez la température à 225°.
II. La crème
1. Dans un grand saladier, mélangez dans cet ordre : 540gr. de Philadelphia, 160gr. de sucre en poudre, une pincée de sel, 40gr. de farine, le zeste d’un citron et son jus, 350gr. de crème fleurette, 5 œufs, un jaune d’œuf, 1cc. d’extrait de vanille.
(N’hésitez pas à faire bosser votre apprenti du jour.)
2. Si vous utilisez un cercle à pâtisserie, beurrez-le sur la hauteur restante, au-dessus de la croûte. (Pour la version moule à manqué, normalement, vous avez chemisé donc bon, hein.)
3. Coulez le mélange sur la croûte convenablement refroidie.
4. Enfournez 15 minutes, à 225° donc. N’ouvrez *pas* le four. Baissez ensuite la température à 120° et laissez cuire 1h.15. Possesseurs de four à chaleur tournante : coupez le ventilo ! la chaleur tournante risque de brûler le dessus sans cuire l’intérieur. La convection naturelle (une résistance en haut et une autre en bas, si votre four est un bon modèle) est idéale en l’occurrence.
5. 1h.15, c’est la durée d’un Classique Disney. Hop, sur le canapé (avec un minuteur pas loin quand même).
6. Une fois le temps écoulé, éteignez le four. Laissez le cheesecake y refroidir. Une fois froid (une grosse heure plus tard), réfrigérez pour la nuit. SI, LA NUIT.
7. Le lendemain, ôtez délicatement le cercle ou démoulez tout aussi délicatement le cheesecake sur un plat à service.
Eeeeeet servez :
(Une autre photo ici.)
III. Bonus : le coulis
Souvent le cheesecake est servi avec un glaçage (mascarpone+sucre), personnellement, je ne déteste pas un peu de coulis de framboise. Mixez 200gr. de framboise avec 50gr. de sucre glace, ajoutez de l’eau selon la consistance que vous souhaitez.
Recettes d’après : Un goûter à New York, Marc Grossman, Marabout ; Rêves de Pâtissiers, Pierre Hermé, La Martinière














Alors c’est pas du Hermé, qu’on s’entende bien, hein ! Mais ça vous fait un dessert sympathique et abordable. Pour deux personnes (ou trois qui ont un appétit modéré), il vous faut deux pommes pas trop mûres, du miel d’acacia (n’importe quel autre pourra aussi convenir, pas la peine de faire des dépenses inconsidérées), du romarin (frais, c’est bien), et le jus d’un citron. Si vous n’avez pas « un citron », vous pouvez utiliser du « jus de citron » (comme la photo ci-dessus). Si vous n’avez pas de jus de citron, vous pouvez faire infuser un ou deux de ces rince-doigts que vous avez carottés au restaurant de fruits de mer où vous avez invité votre assommante tante Domitille pour son dernier anniversaire*. Un détail tout de même concernant le matériel : vous ne le saviez pas encore, mais vous allez faire une papillote. Il vous faut pour cela de la Carta fata (que vous pouvez acheter 
Une fois qu’elle a bien gonflé, attendez quelques minutes que le jus de citron et le miel amalgamés bouillonnent dans le fond de la papillote. Puis, retirez du feu. Coupez le papier en prenant garde à la vapeur – eh oui, c’est chaud.
Servez tiède dans son papier (c’est ludique) mais en indiquant à vos invités que le romarin, à manger, bofbof (c’est pas pratique).
Varions dans l’allégresse. – Mélangez deux louches de fromage blanc au « jus » de cuisson que vous aurez préalablement chinoisé (mais si,