La fin des tomates
(Un peu comme la fin des haricots, mais pas pareil.)
Sens-tu arriver l’automne qui tonne, amie lectrice, coupain lecteur ? La fin de ce qui faisait l’été arrive lentement. Les tomates s’enfuient, s’envolent au Paradis des tomates, à moins bien sûr qu’on les récolte à temps.
Bien non mais. Blague à part.
Les dernières récoltes de tomates sont l’occasion de faire coulis, sauces et autres drôleries afin de prolonger l’été. Notez que réduire la tomate à son état de « goût » permet notamment d’utiliser plusieurs variétés en même temps mais aussi – et surtout – d’utiliser les tomates quelque peu gâtées, abîmées qui auraient jeté le discrédit sur vote maisonnée si d’aventure vous vous étiez ingénié à tout de même les présenter en salade.
Voici donc trois recettes qui devraient vous plaire.
I. Coulis de tomate traditionnel (d’après Ada Boni, Il Talismano della Felicità)
1. Lavez bien les tomates, ôtez-en les parties abîmées, les pédoncules, la partie centrale dure (inexistante sur certaines variétés) et les pépins, et épluchez-les. 
2. Dans une grande casserole, faites suer un oignon et une branche de céleri finement émincés. (Comptez un oignon+une branche de céleri pour 1kg. de tomates. Vous pouvez également ajoutez une carotte taillée en julienne fine.) Ajoutez une herbe à votre goût : moi, j’aime la sauge, mais du basilic, du persil ou de l’origan conviendront.
Pour ce qui est de la sauge, je l’ôterai en fin de cuisson. Pour les autres herbes, il faudra les émincer finement, bien sûr.
Pendant ce temps, coupez les tomates en petits, tout petits morceaux.
4. Ajoutez ces dés au mélange oignon/céleri (/carotte). Laissez cuire à feu doux une petite heure en remuant de temps en temps, et à couvert. Laissez cuire ensuite à feu fort dix minutes à un quart d’heure, en remuant bien, pour faire s’évaporer l’eau de cuisson.
5. Une fois refroidi, conditionnez le coulis en sacs, boîtes,… qui iront au congélateur. N’oubliez pas de noter sur le contenant la date de préparation et le contenu. Utilisez pour accompagner des pâtes, légumes, viandes, etc.
II. Eau de tomate (d’après Michel Troigros, Michel Troigros et l’Italie)
1. Coupez les tomates en morceaux. Disposez-les (avec leur eau de végétation et pépins) dans un blender (a.), mixez (b.), mixez encore jusqu’à obtenir une belle purée couleur incarnat, entre l’orange et le rose (c.). (Vous pouvez également utiliser un mixer plongeant.)



2. Dans une casserole, faites frémir le liquide obtenu en y ajoutant 2cc. de concentré de tomates. Sous l’effet de la chaleur, ce liquide va mousser (a.). Ecumez, avec une écumoire, cette écume. Hop, poubelle. Ajoutez deux blancs d’œufs à la préparation, mettez à feu fort et fouettez (b.).


Ce procédé va vous permettre de piéger les éléments solides de la préparation en faisant cuire le blanc.
3. Filtrez la préparation obtenue (a.). Si vous avez une étamine, vous pouvez même la passer au travers afin de recueillir un maximum de liquide (b.).


4. Chauffez à nouveau la préparation pour en concentrer les arômes. Assaisonnez légèrement de sel, poivre et accessoirement de quelques gouttes de vinaigre de Xerès.
5. Conditionnez cette eau en cubes, que vous utiliserez à l’envi pour aromatiser sauces, cocktail, soupes, etc.
Ça va mieux en le disant. — Vous comprenez maintenant pourquoi on appelle ça de l’« eau » de tomate. Grâce au blanc d’œuf cuit, on a clarifié le liquide (on pourrait faire la même chose avec une centrifugeuse de laboratoire mais bon, il faut avoir ladite centrifugeuse et le laboratoire autour alors bon voilà) en emprisonnant les pulpes dans le réseau d’œuf. (On fait la même chose depuis des siècles pour clarifier les bouillons, j’invente pas je vous promets.) Et donc l’eau de végétation de la tomate recuite, réduite, qui comporte peu de licopène (le rouge de la tomate, hé), est ce qui vous reste à la fin, concentrant le goût intact de la tomate.
Et demain ? — Ne jetez pas le mélange bancs d’œufs + pulpe de tomates. Congelez-le en petites portions et vous pourrez le « passer » dans une brouillade d’œuf ou une soupe.
III. concassée de tomates (d’après Michel Troigros, La Colline du Colombier)
1. Pelez un bon kilo de tomates en prenant soin de conserver leur eau de végétation. Filtrez-la pour la débarrasser de ses pépins. Dans une petite casserole, faites réduire cette eau au tiers en la faisant chauffer à feu doux.
2. Détaillez les tomates en dés. Pelez et émincez deux échalotes. Dans une sauteuse, faites revenir les échalotes émincées à feu vif dans 3cs. d’huile d’olive. Ajoutez-y également une ou deux gousse d’ail écrasée, un petit piment et un bouquet garni (vous retirerez tout cela en fin de cuisson, hein).
3. Ajoutez la réduction d’eau de végétation. Assaisonnez à votre convenance. Laissez cuire à couvert et à feu moyen vingt à trente minutes, en remuant de temps en temps. En fin de cuisson, finissez à feu fort et à découvert pour finir de faire s’évaporer l’eau.
Cette concassée de tomates all-purposes sera notamment idéale pour les fonds de tartes, les pizzas, les lasagnes.
Congelez-la en n’omettant pas d’indiquer la date et le contenu sur le récipient.

























